
C’est à cause d’une croix gammée que j’ai lu Le gang des rêves de Luca Di Fulvio. Je voulais lire Le Reich de la lune de Johanna Sinisalo mais en voyant la couverture avec sa croix maudite ostentatoire, j’avais pris la décision de ne pas le lire en public. Il fallait donc que je trouve un autre livre à lire, et vite, car j’avais justement rendez-vous chez le coiffeur : je me suis hâtée de regarder dans ma bibliothèque numérique ce qu’il y avait et j’ai vu ce roman qui avait eu un grand succès en son temps. Je l’ai téléchargé par curiosité et c’est comme ça que, pendant que le coiffeur s’affairait sur ma tignasse, j’ai lu un passage absolument horrible racontant un crime antisémite, avec pléthore de sang, de détails et de « sale juive » vociférés, en taille 42, parce que je suis myope. L’art du choix, messieurs dames.
Je me suis donc embarquée dans Le gang des rêves, roman plein de violence et de beauté, aux côtés de la douce italienne Cetta, et de Christmas, son fils, fruit d’un viol et miracle d’amour. Cetta débarque dans les années 1920 à New-York, pour oublier la misère de son Italie natale et rejoint la misère des autres immigrés italiens. Elle se prostitue, essaie de nourrir et de protéger son fils, qui aime raconter des histoires jusqu’à s’inventer un gang, avec des missions et des problèmes qu’il risque de rencontrer pour de bon.
A la maison, je lisais Le Reich de la lune et dans les transports, je lisais Le gang des rêves. C’était étrange, car moi qui ai toujours hâte de rentrer chez moi pour bouquiner, je commençais à avoir hâte d’être ballottée dans mon petit bus du matin pour reprendre les péripéties de Christmas, Cetta, Sal, ou encore Ruth, car mon petit cœur tout mou s’est attaché à eux très rapidement… Quand j’ai terminé le roman de Johanna Sinisalo, j’ai été ravie de pouvoir consacrer mes soirées à Luca di Fulvio.
J’ai un réel intérêt pour le New York des années 20, la période de la grande immigration, de la prohibition et d’Al Capone : l’une de mes séries préférées, c’est Boardwalk Empire. J’ai d’ailleurs souri à l’évocation de certains personnages de vrais gangs que je connaissais déjà grâce à cette série. Le décor planté par Luca Di Fulvio est solide, réaliste. Et on ne s’ennuie jamais. Il y avait parfois dans l’intrigue un petit goût de Martin Eden, plus survolté, moins sombre, et d’ailleurs l’auteur ne résiste pas à y faire référence. Il est vrai que l’œuvre est profondément violente, car rien ne nous est épargné de la misère et de la cruauté humaines mais il y a tellement de jolies choses et de lumière que je ne considère pas que le roman est glauque, dégueulasse ou voyeuriste.
Je dois admettre que c’est un très beau roman, qui se lit facilement, rapidement, voire voracement : j’ai passé des soirées à enchaîner chapitre sur chapitre comme on enchaîne épisode sur épisode devant une série, jusqu’à s’endormir devant.
Moi, dans la vraie vie, je vivais des choses pas simples à ce moment-là, mais avec Christmas disposé à me raconter ses histoires le soir, c’était beaucoup plus facile. Il y a des bouquins, comme ça, qui ne sont peut-être pas exceptionnels mais qui ont le mérite de nous avoir accompagnés. Alors, quand je l’ai terminé, je suis allée en librairie pour l’acheter en version papier, histoire de le nicher dans ma bibliothèque.
Diamond Dogs, bienvenue chez moi.





Leave a Reply