
Le problème, c’est que je fais des listes de livres, listes que je sème un peu partout, sans les lier entre elles et que je finis par ne plus me souvenir quand, pourquoi et comment j’ai décrété que les dits ouvrages étaient à lire. C’est un peu ce qui s’est passé avec Le Reich de la lune : je l’ai commandé parce que je savais que l’avais voulu un jour, mais quand je l’ai reçu, que j’ai vu la couverture et lu le résumé, je me suis demandé dans quelle affaire j’étais en train de m’embarquer.
Donc me voilà face à une couverture rouge et noire dotée d’une croix gammée plus grande que ma main, accompagnée de soucoupes volantes et je réalise : d’abord, que je ne lirai pas ce livre en public, ensuite, que je ne sais pas quand j’ai voulu lire un Nanar dans lequel des nazis seraient parvenus à coloniser la Lune à la fin de la seconde guerre mondiale.
Bon. Je me lançai tout de même dans cette lecture car après tout, je venais de terminer un Karel Capek qui parle de salamandres qui dominent le monde. Des nazis sur la Lune, on devrait tenir le coup. Dès la première page, j’ai failli m’étouffer en voyant que notre protagoniste reprend les codes du journal d’Anne Franck, en s’adressant à une « chère Kitty ». Le malaise est immense, j’ai envie de rire et en même temps, je culpabilise. On ne rigole pas avec le nazisme. Même quand il est foutrement drôle dans son absurde binarité. Ce dernier point-là est plutôt bien montré dans le roman.
Mais je n’ai jamais totalement réussi à m’engager dans cet univers, qui paraissait pourtant très bien construit au début. J’ai même appris des choses — bouhhh, la hhhonte. Je trouvais le fonctionnement de cette société lunaire nazie plutôt crédible, mais le ton de l’héroïne me paraissait un peu niais et c’était dérangeant ce contraste entre une idéologie violente à pleurer et ce ton si puéril, ton qui permet certes de créer des scènes tout à fait drôles, mais qui finit par lasser.
Ce qui a totalement fracassé mon immersion dans le roman, c’est la façon dont va évoluer radicalement Renate, l’héroïne élevée selon l’idéal aryen. Dès le début, on comprend qu’elle va changer d’avis — elle est gentille et les nazis ne sont pas gentils — mais ce qui m’a dérangée c’est avec quelle facilité elle va le faire. Or, toute personne ayant été élevée dans des croyances aussi radicales rejette la réalité avant de l’accepter, ce que ne fera pas la douce et bonne Renate, qui comprendra les choses et agira promptement en conséquence, comme une petite princesse Disney.
À partir de là, j’ai subi la suite des événements et j’ai trouvé qu’on montait en intensité dans le « film d’action loufoque avec des effets spéciaux et des explosions » alors même que le point de départ sonnait comme une vraie dystopie. Pourtant, le contrat était clair dès le début, dès la couverture : le livre ne se prend pas au sérieux. Mais moi, endormie par une certaine rigueur des premières pages, des premiers décors, des premières mœurs décrites, j’ai pensé trouver dans ce roman des personnages plus profonds et des intrigues plus intenses. Il y a un message de fond propre et banal du style : « attention, ça pourrait revenir sous une autre forme, nous devons tous rester vigilants » mais qui n’est, à mon avis-qui-ne-compte-pas, qu’un simple passage de dédouanement obligatoire quand on produit une œuvre amusante exploitant la thématique du nazisme.
J’ai refermé le livre un peu soulagée de l’avoir enfin terminé, je dois l’avouer, parce que pour moi les nanars, ça se regarde tranquillement sur un écran, pendant une insomnie, en mangeant du sucre de préférence. On ne passe pas des soirées entières dessus…





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