L’avis qui ne comptait pas.

Je croyais connaître L’Odyssée jusqu’à ce que je lise les 24 chants

Tout ce périple a commencé quand je me suis mis en tête que je devais lire L’Odyssée en entier avant d’aller voir le film de Christopher Nolan au cinéma en juillet. Je fomentais cette lecture mais je ne m’y lançais pas ; j’avais le temps, pensai-je ! Mais voilà que, naviguant encore sur la blogosphère, je vis que démarrait le Book Trip en mer de Fanja. Eh bien, voilà, je n’avais pas besoin de plus de signes : il était temps d’embarquer dans l’un des premiers « book trip en mer » de l’Histoire.

Cette lecture a été intense et semée de péripéties. D’abord, j’ai voulu lire une traduction classique, accessible facilement, celle de Leconte de Lisle. C’était joli mais perturbant, les noms grecs n’étant pas ceux que j’avais en tête : Odysseus, d’accord, mais Poseidaôn, Aigisthos, Télèmakhos, en plus du style pompeux, cela m’a clairement déroutée. J’ai cherché d’autres éditions et quelle galère pour trouver les chants dans leur intégralité, sans que cela ne soit une adaptation pour les enfants ! J’ai donc lu 36 fois le premier chant dans des versions différentes, avant de jeter mon dévolu sur une traduction de Victor Bérard, que j’ai trouvée simple mais aussi très imprégnée des tournures et expressions grecques, ce qui avait son charme. Il y avait également des introductions, éclairages, glossaires fournis par l’éditeur que j’ai trouvés intéressants.

J’ai donc lu et vécu intensément L’Odyssée, captivée par tout ce que je ne savais pas et découvrant que tout ce que je pensais savoir manquait cruellement de nuances. Et, jouissant de toutes ces méconnaissances, j’appréciais alors chaque suspense et retournement de situation. J’étais ballotée dans le bus sous les dessous de bras des passagers quand Ulysse échappait à Charybde, j’étais écrasée contre la porte au fond du métro quand Pénélope se cachait de ses rudes prétendants, et j’écoutais les musiques traditionnelles des voisins indélicats pendant qu’Ulysse et Télémaque massacraient chaque prétendant dans un bain de sang. J’étais affalée dans mon canapé, la tête en bas comme une chauve-souris, les pieds relevés n’importe comment, quand j’ai lâché mes premières larmes dues aux retrouvailles du doux Télémaque et d’Ulysse.

Je pensais que j’allais détester Ulysse car je me faisais l’idée d’un homme fourbe, vantard et infidèle, mais je ne l’ai pas trouvé si peu aimable : au contraire, j’ai trouvé qu’Ulysse payait le prix fort de son insolence et que sa fourberie n’était que ruse, ruse imposée parfois par les multiples recommandations des déesses qui l’ont entouré ou piégé. Si j’avais toujours imaginé que l’odieux Ulysse s’était permis une longue pause charnelle chez Calypso, au détriment de la très patiente Pénélope, me figurant des scènes à la Brueghel l’Ancien, j’ai lu quelque chose d’assez tragique qui ressemblait davantage au tableau de Böcklin. D’ailleurs, si je dois être honnête, je pense que je n’aurais jamais remis en question l’idée d’emprise et de soumission à une déité si Ulysse avait été une femme piégée sur l’île d’un dieu.

J’ai découvert des personnages adorables, notamment Télémaque dont la quête maladroite est très touchante et Eumée le porcher, personnage emblématique par son histoire personnelle et sa droiture. L’Odyssée comporte une trame pleine d’actions mais, un peu à la manière des Mille et une nuits, livre divers récits mythologiques à l’occasion de conversations entre personnages.

La description des îles, des palais et des trésors, du lit nuptial autour de l’olivier, des combats contre la monstruosité mythologique ou contre la monstruosité humaine, nous mène dans un décor fabuleux… qui ferait un très beau film.

J’attends, Christopher, j’attends patiemment mais j’attends beaucoup.

*

Avec ce livre de 539 pages, je deviens un petit mousse à 4 points !

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