L’avis qui ne comptait pas.

Les naufragés du Wager de David Grann, l’expédition qui remue

Lorsque j’ai prévenu que je comptais sortir de mon trou de souris pour me joindre à ce nouveau book trip en mer, malgré mes difficultés avec le vocabulaire naval, Fanja m’a tout de suite parlé d’un roman qui lui avait fait changer d’avis sur le genre ; et quand j’ai lu sa chronique, j’ai réalisé qu’il était peu ou prou le point de départ de cette lubie aventureuse qu’est le book trip en mer. J’ai donc voulu partir aux origines de notre névrose collective et j’ai ouvert Les naufragés du Wager. Vagère ? Waguère ? Ouadjère ? Ouaguère ? Ouaguew ? Au-cune idée. Je l’ai subvocalisé de toutes les manières possibles pendant toute ma lecture… lecture qui m’a semblée durer l’espace d’un instant.

J’ai ouvert le roman de David Grann avec quelques appréhensions, parce qu’effectivement, le vocabulaire naval était omniprésent. J’avais pris mes précautions en choisissant le format numérique afin de pouvoir accéder rapidement aux définitions des mots mais le problème avec ce genre de vocabulaire, c’est qu’on ne comprend pas toujours les définitions proposées — vous savez, les définitions sibyllines qui font mine d’être évidentes, du genre « estafique d’eau douce d’une demie caragoulette seulement ». Mais, après avoir simplement divisé moi-même le vocabulaire en deux blocs distincts « partie du bateau où normalement on met les pieds dessus » et « partie du bateau où, normalement, on ne met pas les pieds dessus », j’ai pu entrer avec passion dans ce roman qui se dévore avidement.

Je comprends enfin tout l’émoi qu’a pu susciter Les naufragés du Wager de David Grann : l’histoire originale est assez folle, pleine de suspense mais aussi de mystères puisque l’on suit plusieurs navires anglais — dont le Wager — s’élancer dans une expédition belliqueuse déjà dangereuse qui, en plus, tourne mal. Le naufrage rabat toutes les cartes, une toute nouvelle société d’affamés se forme sur une île particulièrement hostile, écrin de sable et d’arbres penchés au cœur des typhons chiliens.

La plume de David Grann parfaitement fluide, pas trop journalistique mais crédible, didactique sans être insensible, relève de la prouesse technique : c’est documenté, expliqué et romancé. De vrais extraits de journal de bord nous sont donnés à lire, sans jamais alourdir la partie purement narrative. Les notes de l’éditeur, très nombreuses, ont été très éclairantes pour moi, d’autant que j’étais à mille lieux d’imaginer ce qu’était un navire de guerre au siècle des Lumières. Le scorbut, le typhus, les poux, les rats, les membres mutilés par les maladies ou par les boulets de canon, m’ont fait voir les si élégants navires de ligne comme de véritables tranchées flottantes.

J’ai trouvé les destins de ces hommes enrôlés tout à fait incroyables, si l’on peut utiliser le terme « d’hommes », car nombreux sont les matelots, canonniers, enseignes, qui n’ont même pas 18 ans lorsqu’ils sont enrôlés ! Il y a des jeunes garçons de 15 ans qui se font opérer, dans l’urgence, par des éminents chirurgiens de 22 ans… En ouvrant Les naufragés du Wager, j’ai embarqué dans un monde à part, monde qui a existé, qui me précède et que pourtant, je peine encore à me figurer.

Voilà une expédition qui remue : nos émotions et nos idées reçues.

*

Avec ce roman de 415 pages, qui a été de multiples fois chroniqués (Keisha, Cathel, Inngamic…) lors des saisons précédentes, je passe matelot à 10 points tout ronds !

Commentaires

Une réponse à “Les naufragés du Wager de David Grann, l’expédition qui remue”

  1. Avatar de Cath L

    C’est vrai que ce périple est assez incroyable. J’ai beaucoup aimé le style de David Grann également dans La note américaine, pas maritime du tout, celui-là.

Leave a Reply