L’avis qui ne comptait pas.

Objectif zéro d’Anthony McCarten entre spectaculaire et déception

Je suis à côté de la plaque. Autour de moi, on se contacte par Insta et WhatsApp, on a plusieurs réseaux sociaux, on se met en scène, on documente sa vie et on laisse une quantité de données faramineuses sur un nombre incalculable d’appli’ — il y en a une pour tout, pour la bouffe, pour le sexe, pour l’argent et pour savoir quand le soleil se lève. Refuser de jouer ce jeu-là, c’est bizarre. L’anonymat ne relève plus de l’intime mais du suspect. Parfois, les gens oublient que j’existe car je n’apparais pas au bon endroit dans le gros doudou rectangulaire qu’est notre téléphone. En fait, je suis presque zéro.

C’est pour cette raison que quand j’ai vu cet article de Kathel sur Devenir Zéro d’Anthony McCarten, j’ai aussitôt noté la référence — même si moi, je l’ai lu sous le titre Objectif Zéro. Un roman dans lequel une expérience est menée sur dix personnes qui doivent disparaître des radars pendant 30 jours, alors même que la CIA et un grand groupe nommé Fusion, digne de Meta, sont à vos trousses, cela ne pouvait que m’intéresser.

Je suis très vite plongée dans l’histoire qui m’a donné l’impression d’être une sorte de blockbuster ou une série à suspense. J’avais envie de savoir la suite et j’étais contente d’avoir le livre en format numérique pour pouvoir le glisser dans mon sac à main et le lire partout. J’étais parfois émue de certaines chasses menées promptement, et parfois cela me faisait rire de voir sur quelles petites bêtises certains candidats se faisaient attraper. On a toujours un mouchard sur les fesses, qu’il soit humain ou technologique.

Puis il y a eu la dernière partie. Très honnêtement, j’ai essayé de garder l’esprit ouvert malgré les petites erreurs techniques qui commençaient à apparaître dans le roman : « c’est le jeu », me disais-je « ce n’est pas un roman destiné à des experts », ajoutais-je, bien que je ne fasse pas partie de l’élite informatique non plus. Puis il y a eu à certains moments des énormités techniques qui m’ont gâché l’histoire et, de fait, la crédibilité du propos. J’ai même pensé, en ricanant, un brin mauvaise : « J’espère que personne n’a eu l’idée d’offrir ce livre à un hacker, parce que ce dernier a dû passer un sale moment ou vivre de grands fous rires ».

On peut lire ce livre au second degré, pour le simple divertissement et ne pas y croire davantage qu’à la petite souris. C’est très bien ainsi. Mais il est bien dommage, quand on pose des réflexions intéressantes sur le rapport que nous avons aujourd’hui avec la surveillance, d’être si léger sur le plan technique. Je soupçonne l’auteur d’avoir fait ses recherches, de très bien savoir que certains effets spectaculaires sont impossibles, et d’avoir choisi de continuer sur cette voie quand même, pour mener l’histoire où il le souhaite, comme on le fait dans le cinéma américain. Dommage.

Commentaires

14 réponses à “Objectif zéro d’Anthony McCarten entre spectaculaire et déception”

  1. Avatar de Ingannmic

    Ton avis me confirme que je suis une bille dans le domaine (je n’ai même pas de téléphone portable), parce que je n’ai relevé aucune de ces énormités qui ont gâché ta lecture. Le plaisir a donc été total en ce qui me concerne…

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      Et c’est tant mieux ! La technique était le seul bémol, c’est un roman vraiment divertissant 😁

  2. Avatar de keisha41

    Mettre la main sur ce livre n’est pas encore trop possible, que font les biblis?
    C’est le premier billet un peu déçu que je lis (mais je veux le lire quand même), il y a à parier que je ne verrais rien de bizarre. Je n’ai pas Insta et X, mais j’ai WhatsApp, pratique quand même (oui, je sais, c’est bien ça le drame, c’est pratique)

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      J’ai hâte que tu puisses le lire alors !

  3. Avatar de Audrey Light And Smell

    Dommage parce que le principe me plaisait bien. Je note quand même mais j’aurais préféré, comme toi, qu’on reste dans le crédible ce qui aurait donné encore plus de force aux propos…

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      C’est ce qui m’a le plus déçu !

  4. Avatar de Fanja

    Je l’ai fini il y a peu, aussi je reviendrai te lire de plus près quand j’aurai rédigé mon billet, mais j’ai l’impression qu’on se rejoint assez dans notre ressenti de lecture. J’étais partie très enthousiaste, wow, j’adore, page-turner, je n’en suis qu’à la page 10 mais lisez-le, clamais-je autour de moi, puis ça s’est dégradé au fil des pages, en particulier au dernier tiers qui devenait sérieusement capillotracté. Sans parler du personnage de Cy, imbuvable à en être grotesquement caricatural.

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      Je crois que c’est chez Athalie que j’avais lu que le dernier tiers est décevant puisqu’on se rend compte qu’on ne nous avait pas donné toutes les cartes depuis le début donc c’était facile de nous surprendre. En tout cas, j’ai hâte de lire ton billet !

  5. Avatar de luocine
    luocine

    Nos billets se croisent, moi j’ai vraiment beaucoup aimé la première partie, et je suis d’accord que la deuxième parie est moins intéressante au niveau de l’intrigue, mais les questions posées par ce roman sont vraiment fondamentales pour les valeurs de nos démocraties.

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      Oui c’est d’ailleurs aux antipodes d’un film américain que je suis allée voir il y a quelques mois, Reconnu coupable, qui est franchement une ode à la vie publique…

  6. Avatar de Athalie

    Il y a des erreurs techniques ? Rien vu … Que les failles narratives de la deuxième partie !

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      Et je suis d’accord avec toi sur le fait que la seconde partie comporte des failles narratives, en plus de celles techniques (les temps de téléchargement plus forts que la vitesse de la lumière et les erreurs bêtes d’un pionnier de cybersécurité)

  7. Avatar de dasola

    Bonjour Jenevelle, moi qui ne suis sur aucun réseau social (comme mon ami), j’ai bien apprécié ce roman certainement bourré d’invraisemblances. Un vrai « page-turner ». Bon dimanche.

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      J’ai trouvé aussi que c’était un page Turner au début !

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