
Qui pense à la mer pense aux vikings. Quand je me suis lancée dans l’expédition maritime du Book trip en mer, j’ai d’abord pensé à Ulysse et ses compagnons parce que j’ai l’âme classique ; puis j’ai pensé aux redoutables guerriers des mers qu’ont incarné les vikings, parce que j’ai l’âme barbare. Il n’a pas été facile de trouver un roman à mon goût : je ne voulais pas lire de représentations fantasmées par des américains, je voulais à tout prix un auteur nordique. Après quelques petites recherches, j’ai jeté mon dévolu sur Orm le rouge de Frans Gunnar Bengtsson et croyez-moi, il ne se dégote pas dans n’importe quelle librairie…
Mais cela en valait la peine. Quand j’ai ouvert Orm le rouge : vers les routes de l’Ouest, qui est le premier tome d’une série n’en contenant hélas que deux, j’ai tout de suite embarqué dans un roman palpitant, qui a le don de cultiver ce que l’on aime dans les histoires sur ces guerriers nordiques, sans pour autant les réduire à cela. Pillages, alcool facile, drames en plein navire, conquêtes plus ou moins maîtrisées, rois pénibles, têtes coupées, les ingrédients traditionnels satisfaisant l’œil moderne sont bien présents.
Néanmoins, Orm le rouge est une œuvre qui ne se résume pas à une ribambelle de clichés : Orm est d’abord un garçon fragile, couvé par sa mère au départ, affreusement hypocondriaque. D’ailleurs, il ne fait pas exprès de partir en expédition — je ne vous gâcherai pas les raisons qui l’ont mené à devenir un grand navigateur. Les vikings ne sont pas des barbares sanguinaires : ils ont quelques mœurs peu engageantes, certes, mais ils ont des valeurs touchantes et leur ouverture d’esprit, surprenante, leur permet de découvrir des lieux multiples, des cultures multiples, des dieux multiples. Aussi se convertissent-ils au gré des vents et des religions qu’ils côtoient, parfois pour le confort social, parfois par crainte du mauvais sort.
Certains personnages sont très attachants et je pense notamment à Toke, le brave alcoolique, bourru mais pas sadique, bagarreur mais franc, susceptible mais pas rancunier. Oui, c’est peut-être un peu cliché, mais c’est un cliché qu’on aime retrouver le soir après une longue journée de travail. Frans Gunnar Bengtsson écrit dans une langue fluide, un peu simple éventuellement, mais l’écriture est maline, un peu polissonne ; l’humour est agréable, il ajoute un peu de sel et de sourires.
Il n’a pas été difficile de refermer la dernière page de ce roman car, mon libraire ayant été efficace, j’avais déjà le second tome à côté, flamboyant de sa couverture rouge et me promettant une prochaine virée sur la route de l’Est…
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