
Voilà une histoire vraie qui me passionne et me réconforte comme le ferait un conte pour enfants. Il y a quelques années, après avoir vu une exposition au magnifique Hôtel de la Marine à Paris, je me suis mis en tête que je devais découvrir qui était cette fameuse Jeanne Barret, apprentie botaniste qui avait embarqué clandestinement sur le navire de Bougainville. J’avais alors choisi de lire L’aventurière de l’Étoile de Christel Mouchard, mais cette année, en plein book trip en mer, j’ai décidé de laisser une chance à La clandestine du voyage de Bougainville de Michèle Kahn.
Les deux autrices ont si scrupuleusement travaillé qu’il est impossible pour moi de ne pas avoir eu le sentiment de procéder à une relecture. L’histoire demeure sensiblement la même chez Michèle Kahn, et si certains passages me paraissaient davantage romancés chez Christel Mouchard au début de son roman, d’autres vers la fin m’ont paru plus édulcorés chez Michèle Kahn. J’ai trouvé davantage de poésie chez Christel Mouchard, mais j’ai trouvé aussi davantage de naturel et d’espièglerie chez Michèle Kahn. Chez Christel Mouchard, il y a plus de détails et de références aux sources à l’intérieur même du texte, tandis que ces explications sont transformées en notes de bas de page chez Michèle Kahn, comme pour ne pas gâcher l’immersion dans l’histoire.
Je ne saurais dire quelle version je préfère. En revanche, je peux vous assurer que j’ai pris un plaisir fou à relire cette histoire et que j’aime Jeanne Barret de tout mon cœur.
Suivre son périple est un véritable petit bonheur : il y a de l’action, sur ces mers déchaînées prêtes à renverser un navire et faire valdinguer des matelots pourtant aguerris par-dessus bord. Il y a du suspense, puisque Jeanne ne doit pas être découverte — pour les autres, c’est Jeannot, le petit matelot aux grosses fesses, qui fume la pipe, crache, et soulève de lourdes caisses comme les autres. Il y a de l’amour, car Jeanne embarque auprès de son amant illégitime, le botaniste Philippe Commerson, et que leur liaison doit évidemment rester secrète malgré le désir qui les anime. Il y a de la découverte, des rires et des drames, quand les passagers de l’Étoile et de la Boudeuse s’arrêtent sur diverses îles de divers continents pour découvrir la faune, la flore et les cultures de peuples qui leur sont inconnus. Tout me plaît dans cette histoire. Ce petit couple caché, prêt à parcourir le monde entier dans un navire inconfortable — nid à rats et à scorbut — pour cueillir des fleurs et les identifier, me touche énormément.
Même si la fin demeure cruellement réaliste, je peux dire tout de même que c’est beau, beau comme un conte.
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