
Tout a commencé à cause de Anna Kronik, qui a écrit un article sur Morwenna de Jo Walton en novembre 2025, et qui a eu l’idée charmante de nous partager cette citation « Bibliotropes, a dit Hugh. Comme les tournesols sont héliotropes, nous sommes naturellement attirés par la librairie ». Pire encore, Anna Kronik nous explique : « le roman plaira surtout à ceux qui, comme Morwenna, se sentent souvent mal à l’aise en société et préfèrent s’immerger dans la lecture ou la rêverie ». Mon sang n’a fait qu’un tour, j’ai ajouté le roman dans ma liste de souhaits et les fées ont dû m’entendre, parce que le jour de Noël, Morwenna de Jo Walton était sous le sapin.
J’ai tout de suite plongé dans l’univers de Morwenna qui, pourtant classé science-fiction, est en réalité plutôt fantasy, voire fantasy légère. On dirait que le classement de ce livre est juste un hommage au personnage éponyme, une adolescente de quinze ans qui est passionnée de science-fiction et se réfugie dedans pour échapper à ses drames personnels. On comprend qu’il y a eu des abus, un accident qui l’a rendue infirme et la perte tragique de sa sœur jumelle. Morwenna, timide, curieuse et solitaire, devra bien se construire dans ce monde qui l’effraie mais qui a le bon goût d’être empreint de magie, un peu partout, mais sobrement. La jeune fille voit des fées, elle leur parle parfois, elle accomplit des rites quand c’est nécessaire. Mais cette accointance avec la magie ne l’isole que davantage, car elle n’est déjà plus une enfant, et elle a passé l’âge d’y croire et d’en bénéficier. Parfois, le lecteur s’interroge : Morwenna s’invente-t-elle une trame fantasy pour survivre ? Les fées sont-elles vraiment là, sous ses yeux traumatisés ?
Il faut dire la vérité, il n’y a pas d’intrigue haletante au-delà de ça. Morwenna raconte ses journées d’école, ses liens avec sa famille, qu’elle soit éloignée, de sang, ou d’adoption, ses relations difficiles avec les autres, ses rares rencontres avec la magie, les après-midis ennuyeuses au manoir et surtout ce qu’elle lit, pourquoi et ce qu’elle en pense. J’ai lu des critiques sévères de ce roman, il y a beaucoup de gens qui s’ennuient. Mais moi, j’étais la cible. Ça a été écrit pour les adolescents comme moi, qui se cachent dans les toilettes ou au fond du CDI. J’ai souvent pensé, surtout en lisant la fin, que j’aurais dû avoir ce livre entre les mains quand j’étais encore ado, parce que c’est un roman d’une grande douceur et d’une grande lucidité à la fois et c’est bien ce dont on a besoin pour se construire.
Je ne me suis pas ennuyée. Morwenna est touchante. Quand elle parle, je l’écoute, même quand c’est un peu immature. Et puis, voilà, Morwenna c’est un peu moi, un peu toi, un peu plein-de-lecteurs-et-lectrices qui ont survécu comme ça, dans la tempête, agrippés à des livres et des histoires.
C’est beau, c’est un hommage à nous.





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