
Le 8 mars, c’est la Journée Internationale des Droits des Femmes, mais puisqu’une unique journée ne serait jamais assez en termes de plaisir, comme beaucoup, j’ai décidé de prolonger le thème tout au long du mois. J’ai regardé çà et là les défis proposés pour cette occasion, j’ai beaucoup tergiversé, fait des listes, effacé des listes, recommencé des listes… quand soudain, l’esprit s’éclaire, l’épiphanie se produit : il existe déjà une liste ! Celle des femmes ayant reçu le Prix Nobel de littérature ! Voilà donc quelle forme prendra mon hommage : pendant le mois de mars, je ne lirai que des œuvres écrites par des Femmes ayant reçu le Graal littéraire qu’incarne le Prix Nobel.
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C’est avec la romancière sud-coréenne Han Kang, primée en 2024, que j’achève mon mois de mars et mon défi personnel consacré aux femmes Prix Nobel de littérature. Je voulais découvrir l’un de ses romans pour deux raisons : Han Kang est la première femme asiatique à obtenir cette distinction inestimable et elle est la dernière femme à l’avoir reçu au moment où j’écris mon article. J’ai choisi son livre Celui qui revient car il traite d’un sujet que j’ai vu évoqué avec beaucoup de pudeur dans plusieurs séries coréennes, notamment l’une de mes préférées, Reply 1988. Ce sujet, c’est celui de la répression des étudiants sous la régence du dictateur Chun Doo-Hwan au début des années 1980.
Moi, ce que je savais, c’est que des étudiants s’étaient révoltés contre un régime et qu’ils avaient été violentés pendant leurs manifestations. Dans les drama, je voyais parfois des parents hurler sur leurs enfants de peur qu’ils n’aillent rejoindre les actions étudiantes. Je me disais que cela devait vraiment être très violent. C’est tout ce que je savais.
Ce que je ne savais pas, c’est à quel point mon regard sur la chose était naïf : des étudiants, leurs professeurs et des syndicalistes ont été massacrés. Ce que m’a appris Han Kang, c’est qu’il ne s’agissait pas d’une répression mais d’une tuerie organisée, où l’on demande à des soldats revenus du Vietnam et du Cambodge d’agir de la même manière sur leur propre nation. Humiliations, tortures, exécutions, tout est accepté, encouragé par une loi martiale impitoyable qui permet de maintenir le pouvoir en place.
J’ai eu des difficultés à entrer dans ce roman et je dois avouer que j’ai tenu bon par curiosité morbide. Han Kang varie les voix sans précisions, elle varie les pronoms, c’est parfois un « tu », parfois « je », il y a aussi du « il » et même du « vous » selon les chapitres, et il faut deviner sans cesse qui parle, sachant que dans cette sombre histoire, même un cadavre peut parler et raconter sa propre putréfaction. Une certaine poésie se dégage de tout cela, une poésie du macabre, qui m’a comme ensorcelée et poussé à poursuivre alors que je n’étais pas certaine de savoir qui j’écoutais exactement.
Ce fut une lecture vraiment étrange dont je ne pourrais pas mesurer le plaisir. La violence de ce roman et sa complexité — tout à fait surmontable — en font une œuvre que je ne regrette pas d’avoir lu. A vrai dire, je pense que j’ai lu un roman qui permet de mieux comprendre le peuple coréen et une partie de ses blessures.





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