
Quand j’ai découvert Gogol, j’étais jeune, et j’ai ricané comme une andouille à cause de son nom. Et quand je l’ai lu pour la première fois il y a quelques années, j’ai ricané comme une andouille à cause de son œuvre. J’avais lu un recueil intitulé Les nouvelles de Pétersbourg et le Manteau, le Nez, le Journal d’un fou m’avaient tiré des rires francs. Depuis, je l’avais ignoré. Puis, lors d’une de mes très rares et anciennes expéditions sur Instagram — un jour, j’ai essayé d’être normale et puis j’ai eu la flemme —, j’ai atterri sur un post de la.vagabonde.des.etoiles faisant l’éloge de son roman inachevé Les âmes mortes. Ses louanges ont suscité en moi une urgence : je suis allée rendre Le cri de Nicolas Beuglet à la médiathèque et j’ai aussitôt emprunté le livre de Gogol.
Pour être honnête, je n’en avais rien à faire de cette histoire : il s’agit d’un fonctionnaire du nom de Tchitchikov, qui fait du charme à tous les bourgeois de la ville pour leur acheter des « âmes mortes », c’est-à-dire des serfs morts qu’on a oubliés de déclarer décédés. J’ai lu ce roman parce que Gogol l’avait écrit. Pire encore, ma confiance en Gogol était si étendue que je l’ai lu alors même que j’avais conscience que je n’aurai pas la fin du texte.
Et ce fut tout de même 500 pages de rires, plus ou moins exprimés, soufflés, retenus ; il y eut diverses variations dans la gamme du rire mais j’avais toujours l’envie, dans mon petit quotidien, de retourner promptement dans cette ville russe infernale dans laquelle un fonctionnaire qui magouille parvient à mettre un bazar phénoménal à cause de la bêtise populaire. C’est un roman qui parle d’andouilles et de rumeurs, de rumeurs et d’andouilles, d’actes et de conséquences, et toujours du ridicule qui nous accompagne dans la vacuité de nos activités humaines.
Un texte savoureux, plus léger que son titre.





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