L’avis qui ne comptait pas.

Femmes Prix Nobel — Le charretier de la mort de Selma Lagerlöf

Le 8 mars, c’est la Journée Internationale des Droits des Femmes, mais puisqu’une unique journée ne serait jamais assez en termes de plaisir, comme beaucoup, j’ai décidé de prolonger le thème tout au long du mois. J’ai regardé çà et là les défis proposés pour cette occasion, j’ai beaucoup tergiversé, fait des listes, effacé des listes, recommencé des listes… quand soudain, l’esprit s’éclaire, l’épiphanie se produit : il existe déjà une liste ! Celle des femmes ayant reçu le Prix Nobel de littérature ! Voilà donc quelle forme prendra mon hommage : pendant le mois de mars, je ne lirai que des œuvres écrites par des Femmes ayant reçu le Graal littéraire qu’incarne le Prix Nobel.

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J’ai choisi de commencer par l’écrivaine suédoise Selma Lagerlof car c’est la première à avoir obtenu le Prix Nobel de littérature, en 1909. Ses œuvres les plus connues — dont j’étais totalement ignorante — sont la Saga de Gosta Berling et Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. Mais quand je consultais sa bibliographie, il y avait un livre qui m’attirait plus que les autres : Le charretier de la mort (suivi, dans mon édition, de Dame Carême et Petter Nord). Cette nouvelle, qui est davantage un conte, raconte comment un ignoble salopard doit devenir le charretier de la mort. En fait, c’est le dernier qui meurt dans l’année qui endosse le rôle de faucher les petites âmes dont la Grande Mort n’a cure, en conduisant la fameuse charrette grinçante de logis misérable en logis misérable, jusqu’à ce que l’année s’achève et qu’il soit remplacé par le dernier défunt de l’année.

Il y a donc une charrette qui grince, les coups de minuit, un cocher sombre avec un capuchon qui lui couvre le front, et de la misère. Il y avait dans ce conte des ambiances et des leçons qui me rappelaient Dickens et son chant de Noël. J’ai trouvé l’écriture de Selma Lagerlof remarquable et je n’ose imaginer quel impact cette description de charrette a eu dans son temps ; j’étais bien contente, nichée sous la couverture, d’entendre les voitures rouler dehors avec leurs gros moteurs, et pas de charrettes qui couinent tirées par des sabots qui glissent. L’écrivaine fait monter l’angoisse par le détail, c’est vraiment réussi.

Cependant, la morale qui m’a été servie m’a moins régalée. J’ai évidemment l’esprit ouvert quand j’ouvre un livre qui n’est pas de mon époque, donc je restais mesurée — en fronçant les sourcils. Les leçons données sur la mort sont universelles et propres, la phrase de conclusion m’a marquée, et j’y pense souvent. En revanche, le message concernant le Bien et plus précisément notre croyance dans le Bien qui émanerait d’une personne qui exerce le Mal à chaque occasion m’a profondément agacée. C’est sans doute mon histoire personnelle qui joue, mais le père méchant et alcoolique, grossier, vulgaire, qui piétine tout sur son passage, moi, je n’ai pas envie qu’on me demande de croire en sa bonté profonde et en sa rédemption. J’ai fini en colère et malgré l’écriture fine de Selma Lagerlof, j’avais une pensée qui grondait, qui explosait : « Mais va te faire foutre, David Holm ! ».

J’ai d’ailleurs trouvé que dans ce conte, on en demandait beaucoup aux femmes, qui culpabilisaient pour bien peu de péchés, pendant qu’on devait développer de l’empathie pour une caricature du vice.

Finalement, à l’occasion de la Journée Internationale des droits des Femmes, j’ai lu un conte écrit par la première femme ayant reçu un Prix Nobel de littérature, et ce conte aux qualités littéraires certaines avait en réalité de forts relents sexistes.
C’est l’époque, c’est le jeu.

Commentaires

3 réponses à “Femmes Prix Nobel — Le charretier de la mort de Selma Lagerlöf”

  1. Avatar de je lis je blogue
    je lis je blogue

    J’ai du mal aussi avec certains classiques, soit à cause du style d’écriture, soit parce que les idées véhiculées sont datées. Tu as choisi un défi assez ambitieux mais je pense que tu feras des émules.

  2. Avatar de Jenevelle Laclos

    Je suis plutôt une amatrice de classiques, même si ça commence un peu à changer, mais là le point de vue est trop extrême (il est aussi extrêmement religieux), même pour l’époque à mon avis.
    J’ai été ambitieuse mais tout de même moins joueuse pour la suite 😛

  3. Avatar de Ingannmic

    Tu vas sans doute poursuivre avec des auteures plus récentes et donc plus « modernes » ? Je suis justement en train de lire un recueil d’Olga Tokarczuk, pour une LC prévue début avril. Tu m’as rendu curieuse, je suis donc allée voir la liste des écrivaines nobélisées (16 sur 117 !) et il y en a plusieurs que je ne connaissais même pas de nom…

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