L’avis qui ne comptait pas.

J’ai essayé de comprendre les Kiffe Kiffe de Faïza Guène

C’est en mettant le museau dans une boîte à livres que Kiffe kiffe demain de Faïza Guène s’est retrouvé entre mes mains. Il y avait plein d’autres livres mais quand je l’ai vu, je me suis tout de suite remémoré l’engouement qu’il y avait eu autour de lui en 2004 lors de sa sortie et l’obsession que certains jeunes gens avaient pour elle. Moi, ado, j’étais très effrayée par ce titre avec « kiffe » dedans, parce que je voulais lire des romans avec une langue très travaillée, délicate, qui me sortait de l’ordinaire. J’étais snob. Hors de question de le lire. Mais là, dans ce petit square de banlieue, avec mon petit Kiffe kiffe demain entre les mains, j’ai pensé à l’histoire du livre, écrit par une toute jeune femme de 19 ans, une fille d’immigrés qui parvient à être publiée tôt, avec un bouquin dont le titre est en argot. Je suis admirative, j’emporte le roman chez moi.

Mais j’ai détesté Doria. La narratrice de 17 ans, qui n’a pas une vie très facile, surtout depuis que son père est parti vivre au Maroc pour épouser une femme plus jeune que sa mère, en les abandonnant toutes les deux dans leur HLM de banlieue parisienne, est l’archétype de l’adolescente imbuvable dans toute sa splendeur : elle critique tout, tout le monde, ne trouve des qualités à quasiment personne et crache sur chaque main tendue tout au long du roman. Je suis allée au bout malgré mon agacement, parce que je me disais que le personnage allait sans doute évoluer et c’est le cas, mais cet instant est fugace, il faut savoir le capturer. Il y a une fin assez lumineuse tout de même, une petite phrase subtile qui laisse entendre que Doria grandit — et j’ai trouvé cela joli. Mais le reste du temps, j’étais lassée par un propos très banal, qui ne vole pas très haut, parce qu’après tout, on lit les tribulations d’une ado en colère, c’est très égoïste, moqueur et c’est un peu toujours le même théorème : rien ne sert, l’école c’est nul, les adultes sont ridicules, et en plus ils sont tous nuls.

Si j’ai été insensible à cela, c’est parce que je l’ai trouvée malgré tout entourée et que moi, à son âge, je ne l’étais pas. Il n’y avait pas tant d’adultes à mon écoute. Heureusement qu’ado, je ne l’ai pas lu, j’aurais été jalouse de Doria et même furieuse contre elle.

Comme j’avais l’impression de vraiment passer à côté de ce roman, j’ai ensuite écouté et lu des interviews de Faïza Guène — qui a d’ailleurs expliqué maintes fois que Doria n’était pas son alter ego, ouf — pour essayer de comprendre son œuvre. J’ai trouvé ses propos intéressants et j’ai appris à ce moment-là qu’elle venait de publier une suite vingt ans plus tard, intitulée Kiffe kiffe hier ? et je ne sais pas pourquoi, je me suis rentré dans la tête que je devais le lire pour comprendre le premier.

Je n’aime toujours pas Doria. Doria a 35 ans, elle a un enfant, elle vit toujours en banlieue, elle est au RSA et vient de se séparer du père de son fils. Elle arrive en retard à l’école régulièrement et elle est irritée qu’on la juge, alors même qu’elle sait qu’elle est en tort. Et c’est reparti pour de courts chapitres où Doria raille tout le monde — sauf sa mère. Doria me fait penser à cette copine un peu mauvaise, qui n’a pas toujours tort, sans doute pas mauvais fond, mais qui met mal à l’aise à force de se moquer des uns et des autres.

Bref, le genre de copines que je ne garde pas. Ses propos sont souvent un peu clichés, certains extraits de chapitre ressemblent simplement à des coups de gueule qu’on lirait sur les réseaux sociaux. Personnellement, je n’aime pas qu’on dise encore, à 35 ans, qu’apprendre le théorème de Pythagore est inutile, donc je ne m’attache pas davantage à la Doria plus âgée qu’à celle de 17 ans. Pourtant, il y avait des choses intéressantes, notamment la difficulté que Doria a de s’épanouir en tant que femme musulmane dans une France qui a changé de visage depuis les attentats ; mais c’est traité d’une drôle de manière, avec des sous-entendus éparpillés un peu lourds. Ce sont davantage des piques que des réflexions, des blagues grinçantes qui arrivent au milieu d’une conversation hors propos.

La fin m’a néanmoins arraché un sourire, Faïza Guène sait conclure.

Finalement, Doria n’a pas changé et tant mieux pour ceux qui l’aiment. J’ai tenté de kiffer moi aussi, je suis allée au bout de l’expérience, et si je n’ai pas été bon public, je trouve cependant cela très bien que la littérature tende le micro à tout le monde.

Même à Doria la pénible — enfin, pardon : Doria la malice.

Commentaires

2 réponses à “J’ai essayé de comprendre les Kiffe Kiffe de Faïza Guène”

  1. Avatar de Athalie

    ça tombe bien, je n’avais pas du tout envie de les lire, ces livres. Je suis certaine de ne pas kiffer les propos d’une ado en colère même si elle a sûrement des raisons de l’être. Je suis snob, moi aussi !

  2. Avatar de Ingannmic

    J’ai lu le premier à sa sortie, et si j’en ai tout oublié, il me semble que je l’avais trouvé plutôt plaisant, sans toutefois comprendre l’engouement suscité… je n’envisageais pas de lire la « suite », mais si cela avait été le cas, ton avis m’en aurait dissuadée.

Leave a Reply to AthalieCancel reply