L’avis qui ne comptait pas.

Aucun autre choix : vraiment ?

Parfois, tout à fait symboliquement, je choisis au hasard une séance de ciné le dimanche, pour pouvoir dire que j’ai mis le nez dehors le week-end. C’est ce que j’ai fait ce dimanche là. J’ai vu qu’un film coréen allait être diffusé à 16h, je me suis dit qu’il y aurait des chances que le film me plaise — tu penses bien, une affiche sur laquelle on voit un type avec un pot de fleurs au-dessus de la tête — et qu’il y aurait peu de monde. C’est donc comme une fleur que j’ai débarquée à l’avant-première de Aucun autre choix de Park Chan-Wook, trottinant comme une chèvre pour embarquer dans la file d’attente, surprise par le monde que je croyais éviter.

Aucun autre choix, qui raconte comment un homme qui vient d’être licencié prend des décisions radicales, à savoir éliminer sa concurrence sur le marché du travail, est un film vif, beau et drôle. J’ai adoré la photographie, la lumière et les couleurs. C’est travaillé et il y a peu de hasard. Ici, on s’amuse avec l’image. Il y a des plans assez inattendus qui ajoutent au comique ou au dramatique de la situation ; certaines images ont une forte puissance symbolique, avec un sous-ton très sarcastique qui m’a évidemment séduite. Le rythme est dynamique, presque effréné : je me demande parfois où l’on va, mais je suis l’horrible et violente aventure avec plaisir.

 Etrangement, je me prends d’attachement — ainsi que la salle, très réceptive — pour ce père prêt à peu près à tout commettre pour ne pas renoncer à son niveau de vie. Car c’est bien là l’effet pervers : au premier abord, je me suis dit que c’était bien malheureux d’en arriver là pour trouver un travail, mais que c’était viscéral, que c’était la survie dans la capsule capitaliste dans laquelle nous sommes enfermés. Et puis j’ai soudain réalisé que ce n’était pas le cas. La belle et grande maison, le beau et grand jardin, les cours de tennis, de danse et de violoncelle, les deux grands chiens, ce n’est pas la vie moyenne du Terrien. C’est la vie d’une caste privilégiée. Mais la charmante petite famille, en particulier le patriarche, s’y accroche démesurément car c’est une construction d’une vie entière qui pourrait s’écrouler. Pourtant, serait-ce bien grave de vivre dans un petit appartement, comme le bas peuple ?

J’étais agacée, profondément agacée, et en même temps séduite par ce personnage, assassin gauche et charismatique, que je voulais voir réussir et aller jusqu’au bout.

Je ne sais pas pourquoi. C’est contraire à mes valeurs. C’est peut-être ça la magie du cinéma.

Commentaires

7 réponses à “Aucun autre choix : vraiment ?”

  1. Avatar de keisha41

    J’aime bien ton avis sur le film (qui ne risque pas de passer par chez moi ^_^) et tes réflexions. Sans doute d’autres choix, oui, mais alors, perdre la face? va savoir.

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      C’est vrai que je n’ai pas le côté « ne surtout pas perdre la face », ce n’est pas dans mon ADN, donc je n’y ai même pas pensé…

  2. Avatar de Sandrine

    C’était la première fois que tu voyais un film de Park Chan-Wook ? Ça peut surprendre, moi j’aime beaucoup le regard corrosif qu’il porte sur la société moderne. Si je peux (de la v.o. près de chez moi…), j’irai voir ce film.

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      J’ai vu « Decision to leave » que j’avais beaucoup aimé 🙂

  3. Avatar de Ingannmic

    Mais c’est bien là notre malheur, enfin surtout celui des autres d’ailleurs (la frange plus pauvre de la population mondiale et le « reste » du vivant) que de s’accrocher à nos possessions matérielles et à notre confort … on ne se rend même plus compte que nos mode de vie sont tristement aberrants et délétères. Car l’occident est en général une caste privilégiée (par « occident », j’entends l’ensemble des pays dits développés), prête à tout (je n’ajoute même pas « ou presque ») pour ne pas concéder une once de ses avantages à la survie des autres… désolée, c’était mon coup de gueule (d’occidentale) du matin…
    Quant au film, je crois que je vais m’abstenir !

    1. Avatar de Jenevelle Laclos

      Franchement, le film était très bien et je trouve que ça nous laisse réfléchir. Je ne sais pas si c’est très orienté. Le spectateur a son libre-arbitre…

  4. Avatar de Fanja

    J’aime beaucoup ce réalisateur et je vois que c’est Lee Byung-Hun en tête d’affiche, un acteur coréen que j’aime beaucoup aussi, donc ce film a vraisemblablement tout pour me plaire, thèmes inclus. Je sens que je vais moi aussi trottiner telle une chèvre un de ces dimanches (cette image 😆).

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